Avec Eddie Barclay...
Avec Thierry Le Luron et Bernard H. Grobet
Avec Sacha Distel
Avec Sidney Bechet

Vendredi 24 février 1961, 20 h 45. C’est le jour « J » !

Sous le dôme, l’ambiance est incroyable. Ils sont 5000…plus, certainement, quelques resquilleurs. Des teenagers, comme on les appelle sur Europe 1. Des gamins et des gamines qui s’impatientent, qui trépignent, qui piaffent, qui fument ou qui crapotent. Il y en a qui chantent, d’autres qui braillent déjà. Ils sont heureux d’être là.

Dans les coulisses, c’est un peu la même chose, mais en plus sérieux.Nous n’avons pas forcément conscience de vivre un événement historique mais la tension est quand même palpable. Les techniciens s’agitent dans les câbles qui s’emmêlent, les musiciens, clope au bec, réajustent leurs instruments pour la énième fois, avant de se décapsuler une autre bière.

Dans leurs loges, les artistes, clope au bec, réajustent leur coiffure à coup de gomina avant de se décapsuler une autre bière. Derrière le rideau, Little Tony, la banane impeccable, s’agite sur place pour oublier son trac, dans quelques secondes, c’est lui qui sera le premier sur scène à affronter la meute bruyante et impatiente. Furetant de la salle aux coulisses, les photographes Michel Ringot et Gilbert Deloisy se chauffent en immortalisant ce qu’ils ignorent encore être un souvenir immortel. De mon côté, je me laisse, enfin, et pour quelques instants, un peu porter par l’événement. 
Quelques instants bien courts. J’ai un peu l’impression de faire une énorme fête autour d’un grand feu de camp que l’on s’apprête à arroser d’essence… 
Ou de dynamite.

Je regarde ma montre pour la centième fois. Dans la salle, le brouhaha s’amplifie, gonfle.
Si rien ne se passe, il va y avoir une explosion, c’est sûr.
Le rideau s’ouvre enfin.

(fin de l’extrait)

Avec Johnny et Eddy, à Saint Tropez dans les années 70

1ère audition de Johnny Hallyday

Nous étions tout début janvier 1960, et nous avions, dans la tête, une petite voix qui nous disait que les sixties qui venaient de pointer leur nez allaient apporter le souffle rock de l’ouragan nommé Elvis Presley. Vogue rêvait de porter ce souffle. A l’écart, Jil et Jan, deux auteurs-compositeurs talentueux avec lesquels il nous arrivait de travailler, semblaient impatients, discutaient avec André Crudo, un assistant de chez Vogue, qui, en plus d’être un très bon photographe, deviendra, quelques mois plus tard, le batteur du groupe El Toro (avec, comme guitariste, le jeune Jacques Dutronc).

Comme eux, nous avions bien apprécié le jeune rockeur (et son interprétation toute « personnelle » de Tutti Frutti) que nous avions croisé dans les coulisses de l’émission de télévision Paris Cocktail. Il se faisait appeler Johnny Halliday, en faisait des tonnes mais il avait un talent qui ne demandait qu’à s’exprimer.

Le jeune homme entra timidement dans la pièce qui nous servait de studio.
– « Je m’appelle Jean-Philippe Smet, c’est mon vrai nom, mais, comme vous le savez, je préfère qu’on m’appelle Johnny Halliday. Lui, c’est mon oncle qui nous a amené et lui, c’est Philippe Duval, un copain guitariste qui est venu m’accompagner » dit-il en montrant un grand monsieur grisonnant et un jeune homme tenant une guitare et qui, dans son curieux costume couleur aubergine, semblait aussi à l’aise qu’une bonne sœur portant un blouson de cuir.
– « Je t’ai pas demandé, l’autre soir, mais t’as quel âge ? » lui demanda Jacques.
– « 17 ans, monsieur »
Jacques croisa mon regard, échangeant avec moi la même grimace de déception.
– « C’est jeune… Tu vas nous chanter quoi ? »
– « Du rock’n roll ». Répondit-il comme si c’était le titre d’une chanson.
– « On t’écoute. »

(fin de l’extrait)

Notre histoire…

Notre histoire débute en octobre 1957. J’étais rentré chez Vogue, en tant qu’attaché de presse, quelques mois auparavant. J’assurais la promotion de nos artistes qui, à l’époque, s’appelaient Claude Goaty, Marino Marini, Robert Ripa, Colette Renard … et bien d’autres, mais aussi, et surtout, Claude Luter et Sidney Bechet. Ce mois-là, Lucien Morisse, alors directeur de la programmation sur Europe n° 1, était allé à Londres afin de demander à Petula de participer à l’émission Musicorama.
Lucien Morisse souhaitait rencontrer l’artiste anglaise dont Dalida (sa future épouse) avait repris quelques titres en version française (notamment  » With all my heart « , qui était devenu  » Gondolier  » et  » Alone « , version originale de  » Je pars « ).

Pour l’anecdote, ce soir-là, Petula était très enrhumée et, donc, incapable de chanter, c’est le docteur Fouquet (qui était le spécialiste des vedettes) qui lui avait redonné la voix grâce à un piqûre miraculeuse composée de strychnine et d’un sérum appelé  » Bruschettini « … (heureusement qu’il n’y a pas de contrôle anti-dopage pour les artistes !).

De plus, le docteur Fouquet lui avait donné à prendre un suppositoire, chose alors inconnue des Anglais. Après que le docteur lui en eût expliqué le mode d’emploi, Petula l’avait regardé, horrifiée, en disant  » Mais, j’ai seulement mal…à la gorge ! « 

L’émission Musicorama (qui était enregistrée à l’Olympia et retransmise sur Europe n°1) s’étant bien passée pour Petula (merci docteur Fouquet !), Léon Cabat, PDG des disques Vogue (qui distribuait les enregistrements de Petula, en France) l’invita dans son bureau dès le lendemain. Petula n’était guère enthousiaste à l’idée d’entamer une carrière française mais, devant son insistance, avait accepté de rencontrer Cabat, qui voulait, naturellement lui demander d’enregistrer en français. Alors qu’ils discutaient dans le bureau et que, de mon côté, je travaillais dans le mien, Léon Cabat m’avait appelé. Son bureau, très haut de plafond, était plongé dans l’obscurité…l’ampoule venant de griller. Comme j’étais le seul grand de l’équipe, c’était donc à moi qui revenait de jouer à l’électricien de service…
Ce que je fis en montant sur le bureau. Lorsque la lumière revint, je vis Petula pour la première fois.

Ce fut le coup de foudre.

(fin de l’extrait)

Avec Petula, au Griffin's (Genève) en 1977
En famille